CLONES

Sur le bateau de pêcheurs aménagé en boîte de nuit flottante, les invités dansaient déjà. Leur sang saturé d’alcool et l’ambiance chaude faisaient naître des volutes de vapeur sur le toit de l’embarcation.
Sur les quais lugubres, la nuit froide dissimulait des ombres aux sombres desseins. Trois silhouettes féminines approchaient le bateau par étape. Tantôt elles se lovaient près de caisses de entreposées sur l’embarcadère, tantôt elles se déplaçaient en un clin d’œil.
Sur le fleuve stagnant de la cité, le bateau tanguait au rythme de la Salsa  et paraissait un paradis de joie par rapport à la froideur des alentours urbains. Cependant l’atmosphère de la ville commençait à faire pression sur le night-club flottant et il était alors certain que les invités profiteraient d’un bonheur éphémère.
On pouvait apercevoir tout le gratin de la société Genèse. Principalement des généticiens qui fêtaient la plus grande découverte de cette fin de millénaire : le clonage humain. Ces gens bidouillaient l’ADN, trafiquaient les rythmes de croissance, expérimentaient de nouvelles molécules sur l’organisme et à présent, s’envoyaient des litres de whisky dans la gorge.
Bien sûr, le projet était totalement illégal, mais la société bénéficiait de l’appui de l’armée, très intéressée par des super soldats formés au combat en dix minutes et remplaçables à volonté. Les personnes au pouvoir n’avaient donc pas lésiné sur les moyens financiers et offraient à chaque scientifique une vie de rêve en cas de succès.
Seulement, tous les invités de la fête étaient marqués au laser. Sauf un. Le professeur Jackson devait échapper au massacre.
Les trois jeunes femmes à l’allure sportive arrivèrent tels des félins, sur le pont du bateau, formant un triangle autour de la salle de bal.
Lentement, les ombres changèrent de forme et les amazones pointèrent des armes immenses, entourant leur torse, faisant corps avec elles-mêmes. Le silence n’était brisé que par les bruits de vérins pneumatiques des armes, qui compensaient les mouvements involontaires des trois jeunes femmes, leur assurant ainsi une stabilité parfaite.
La musique battait son plein à l’intérieur ; on se félicitait, on buvait, on se droguait à la santé de la science.
Le silence à l’extérieur fît place aux rafales de balles à tête chercheuse. Trois canons tiraient des balles en titane qui déchiquetaient le bois et les vitres teintées de la salle où régnait encore une ambiance joyeuse mêlée d’insouciance euphorique. La panique s’empara des invités lorsque les premières balles touchèrent leur victime. Chaque balle possédait la liste de marques laser à atteindre. Cette liste se mettait à jour à chaque fois qu’une balle atteignait son objectif et effaçait la marque en faisant exploser la cible. De moins en moins de gens survivaient aux guêpes kamikazes qui leur perçaient le cœur avant de réduire tous leurs organes en bouillie brûlante. Le paradis s’était subitement transformé en enfer et on ne riait plus, on explosait.
Pourtant à l’extérieur, le trio féminin restait appuyé sur la détente vidant le chargeur de centaines de lucioles mortelles. Celles-ci fusaient dans la salle laissant une traînée de lumière avant de laisser des traînées de sang.
La fumée envahissait peu à peu la pièce, les armes se turent. Jackson, le seul survivant contempla le sol jonché de morceaux humains mutilés et sortit pour rejoindre les filles rassemblées sur le pont.
« Je vous ai créées, je vous détruis » dit-il sans qu’aucune des créatures devant lui ne répliquât.
Sur chaque arme, le compteur fluorescent vert indiquait une seule balle restante.
Le Professeur Jackson, qu’on avait forcé à faire aboutir le projet de soldat-humain a finit par trouver la solution. Il avait préparé le massacre de la fête pour anéantir le projet diabolique.
Les trois femmes soldats, immobiles devant lui, n’avaient rien d’humain. Sa création, ses clones militaires qui contenaient l’ADN ultime, gonflé à bloc pour le combat n’étaient que des robots à forme humaine. Le professeur quitta le bateau, serein et la nuit entendit encore trois détonations et trois corps parfaits qui se disloquent.

J.

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