LA FILLE EROGENE

A peine effleurais-je ses seins pelotonnés sous la fine étoffe, que sa respiration se modifiait. Une amorce de désir se lisait dans ses yeux à la pupille dilatée juste avant qu’elle ne ferme ses paupières. Plus qu’un jouet sexuel, son corps était pour moi une machine organique complexe.
Je guettais la moindre réaction de son épiderme, les plus petits mouvements de ses membres. J’écoutais sur sa poitrine, le rythme de son cœur et sentais dans mon cou sa forte et chaude haleine. Une caresse de la hanche vers le bassin, une chatouille sur son abdomen, un baiser dans le cou ; tout la faisait frémir.
Alors que mes doigts s’aventuraient dans des lieux plus chauds et plus inaccessibles, ses frémissements se changent en frissons, ses frissons en gémissements. Ce contact physique transporte son esprit vers un monde meilleur, brûlant, humide. La voir comme cela évacuait en moi tout sentiment de violence et je me consacrais uniquement à lui donner ce qu’elle voulait. Son visage avait l’air endormi et en même temps attentif à tout ce qui se passait en elle.
Où sommes-nous ? Nous ne savons plus.
Que faisons-nous ? Nous ne sommes plus humains, nous sommes autre chose. Nos deux corps s’emmêlent inextricablement jusqu’à donner une créature hybride, hors du temps.
L’odeur chaude de sa peau mouillée, son goût légèrement salé, sa voix douce et suave. Le moindre millimètre-carré de sa peau devient érectile, si bien que j’observe son corps qui se transforme. Plus elle prend du plaisir, plus elle semble s’ouvrir. Elle est unique au monde et c’est moi qui la caresse. Sa peau semble me sucer tout en entier. J’étouffe un peu. Alors que mes doigts travaillent son intérieur, je sens soudain ma main être aspirée. Et c’est tout son corps qui absorbe le mien. Sa peau recouvre la mienne. Je suis absorbé, je ne respire déjà plus. Je disparais en elle.

J.

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Photo (c) Artop - Chantal Prouvost