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'You lock the door
And throw away the key
There's someone in my head
But it's not me'








J'aime pas l'automne, je vous jure.
Je sais, quand je dis des trucs comme ça il y a toujours quelqu'un pour me faire remarquer que je n'aime rien. Mais sérieux, pour le coup, l'automne je peux pas. J'ai jamais compris ce que les gens pouvaient trouver de sentimental à cette saison. Tout est si triste, si sale.

Il a plu toute la journée d'hier. Je me suis dit en me couchant que le ciel se viderait sûrement pendant la nuit. Voeu pieu. Il pissait encore quand je me suis levé ce matin, vers onze heure. J'ai vu les gens s'activer dans la rue, une petite fille plutôt jolie courir avec un cartable en guise de parapluie, faisant des grimace aux gouttes qui menaçaient de couler dans ses yeux. J'ai essayé de sentir à nouveau la quiétude qui me gagnait, gamin, quand je regardais le temps maussade dehors en me disant que j'avais de la chance d'être au chaud. Impossible. Le souvenir est trop lointain, trop flou. J'ai juste eu envie d'une chose : sortir sur le trottoir et me faire tremper, laisser ruisseler l'eau froide à travers mes vêtements, attraper la crève.
Les arbres sont entrain de moisir du feuillage. Comment j'ai réussi à trouver ça beau, une fois ? C'est sordide.

Comme cette viande qui pourrit sur la table de ma cuisine. Je l'ai sortie du frigo avant hier et elle sent déjà la charogne. J'attends que les vers se pointent, je me demande si ils viendront. Peut-être que les mouches se sont misent en hibernation, elles aussi. Elles ont de la chance ; pas besoin de bouffer des plaquettes entière de somnifères, pas besoin de sortir de leur douce torpeur pour aller à la pharmacie ou se faire renouveler les ordonnances. Juste le sommeil sans rêve des insectes domestiques.

Le voisin a de nouveau toqué à la porte vers midi. Trois petits coups très brefs, presque timides. Il sait qu'il ne vaut mieux pas insister avec moi. Il y a un mois il avait appelé les flics, il croyait que j'étais pas là, ou peut-être il s'était persuadé que j'avais eu un malaise. Les gars l'ont engueulé maison quand ils m'ont eu trouvé assis peinard devant la télé éteinte, entrain de manger de la pizza froide. Depuis il hésite à me déranger franchement. Je me demande combien de temps il va supporter de sentir mon quartier de bœuf avant de se décider à agir. Il est tellement lâche.

Juste après qu'il soit parti et que j'ai entendu ses pas s'éloigner dans les grincements des marches, j'ai entrouvert la porte et jeté un œil sur le palier. J'avais besoin de voir un peu dehors.

Je suis entrain de finir mon dernier surgelé tout en tapotant sur l'ordinateur. Je l'ai pas fait cuire exprès : je défie quiconque dans ces condition de lui trouver le moindre goût. C'est juste très froid, de la glace aux protéines. Au moins c'est franc, ça annonce la couleur. C'est pas retors comme tout le reste de ce monde pourri. Et puis ça fait les dents.

Je crois que je vais prendre quelques cachets en guise de digestif, histoire de faire une petite sieste. Qui sait, peut-être que demain il fera beau.

...
Si c'est le cas, ça sera pire encore.


(Mercredi 29 septembre 99)

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